Salut, c’est Sébastien,

 

Cette semaine, j’ai vu passer une citation qui m’a interpellée.

 

N’éloignez pas les novices de la connaissance et du plaisir de la bière par l’usage d’un vocabulaire réservé aux seuls initiés : parlez simplement de vos bières“.

 

La citation originale, de Sidonie Gabrielle Colette, parle du vin.

 

Le breuvage est différent, la tendance est la même : comment faire pour parler d’un sujet spécifique, avec ses propres codes, sans tomber dans l’élitisme abusif ? Comment se connecter simplement aux gens ?

 

C’est le sujet d’aujourd’hui.

 

1. De la tribu

En tant qu’humains, on a besoin de faire partie d’un groupe, d’une tribu.

 

On lit les bouquins qu’il faut lire, on apprend les mots qu’il faut apprendre.

 

Pour appartenir au clan.

 

En tant que brasseurs, on laisse souvent la passion prendre le pas sur la raison, les émotions surpasser la réflexion.

 

On aimerait que le monde entier rejoigne notre tribu.

 

On pose alors des tonnes d’informations techniques sur l’étiquette : IBU, EBC, DI, DF.

 

On invente des noms à rallonge : Brazilian Imperial Smoked Pastry ForFive Gose.

 

Entre brasseurs, on se comprend.

 

C’est marrant, original, personnel, décalé, sobre ou classique.

 

Mais le commun des mortels est vite perdu.

 

2. À l'élitisme

La connaissance se concentre alors à un nombre restreint de personnes, sélectionnées sur la simple maîtrise d’un jargon spécifique.

 

Je ne suis pas d’accord.

 

Maîtriser le vocabulaire technique professionnel vient naturellement quand on travaille dans une brasserie, ça me paraît normal.

 

Ce qui ne l’est pas, c’est de considérer cette aisance verbale comme un trophée durement gagné qu’on doit mériter pour être digne d’intégrer la corporation.

 

La connaissance, ça se partage.

 

Quand on s’adresse de cette façon à des clients qui ne maîtrisent pas le langage, on renforce cette impression d’un domaine complexe et inaccessible.

 

On se coupe alors de l’essence même de notre métier : faire vivre des émotions aux consommateurs.

 

Pour y revenir, on doit alors arrêter de regarder notre nombril de spécialiste.

 

Quitter notre posture de technicien averti.

 

Et nous tourner vers l’être humain qui est en face.

 

3. Des humains, bordel

Développer son empathie pour comprendre les besoins de son client est indispensable.

 

Et, spoiler, c’est super compliqué.

 

Les gens ne savent généralement pas ce qu’ils veulent, encore moins ce qu’ils aiment.

 

Ils amalgament goûts et couleurs, confondent amertume et acidité et assimilent bières légères au sexe féminin.

 

Et quand on leur demande de décrire ce qu’ils ressentent à la dégustation, ils adoptent instinctivement une attitude de soumission, conditionnés à répondre à un langage complexe et obscur.

 

“Oh je sais pas comment dire, j’y connais rien”.

 

J’en ai fait l’expérience moi-même à Bordeaux, lorsque j’étais derrière le bar.

 

Trouver la clé pour se connecter à son client, c’est comme essayer de communiquer avec quelqu’un qui ne parle pas la même langue.

 

Il faut trouver des mots qui nous parlent à tous les deux.

 

Pour ça, j’utilise l’approche BACATA.

 

4. Ma méthode

BACATA, pour bulles, arômes, couleur, amertume, texture et alcool.

 

  • bulles : ça pique trop ou c’est plat ?
  • arômes : ça sent quoi ? ça goûte quoi ?
  • couleur : le plus évident…
  • amertume : c’est amer ?
  • texture : c’est lourd ou ça tombe en bouche ?
  • alcool : ça tabasse ou c’est bon ?

Ici, plus question de parler de carbo, d’EBC, d’IBU, de densité ou d’atténuation.

 

Terminado le charabia élitiste.

 

On revient aux sensations directement procurées aux clients.

 

On leur parle dans un langage qu’ils comprennent.

 

Avec des mots simples du langage courant.

 

Et transposable partout.

 

Conclusion

La bière, c’est un vecteur social, pour vivre et transmettre des émotions.

 

Surtout pas un club fermé réservé à une élite éclairée.

 

Entre brasseurs, c’est sympa de parler technique avec du jargon spécifique.

 

Mais je suis pas d’accord pour en faire un référentiel d’initiés.

 

Ce qui m’intéresse, c’est pas de me palucher sur la maitrise technique du process 

ou du vocabulaire.

 

Ce qui m’intéresse, c’est de savoir si les gens passent un bon moment.

 

Me connecter aux humains directement.

 

BACATA, ça marche du tonnerre : tu fais comment, toi ?

 

Bonne semaine à toi,

 

À vendredi,

 

Sébastien